
Parcours et rôle
Bonjour Amandine, peux-tu te présenter et nous expliquer en quoi consiste le rôle de déléguée enquêtrice ?
Je suis bénévole à la SPA depuis un peu plus d’un an et déléguée enquêtrice depuis fin décembre 2024. M’engager dans cette mission était un souhait personnel, notamment dans le cadre de ma reconversion professionnelle, ma formation étant directement liée au monde animalier.
Mon rôle consiste à traiter les signalements de maltraitance animale reçus par téléphone à l’accueil de la SPA. Je recontacte les personnes à l’origine des signalements afin de recueillir des informations complémentaires et d’évaluer, dans un premier temps à distance, s’il peut s’agir d’une situation de maltraitance. Lorsque cela semble être le cas, je me rends sur place pour constater les faits et tenter d’entrer en contact avec la personne signalée. À partir de là, la procédure est engagée.
Je m’occupe également de la partie administrative telle que la saisie des informations, rapports d’enquête (avec photos, échanges de mails …) et si besoin, du dépôt de plainte et du suivi du dossier en lien avec les forces de l’ordre.
Qu’est-ce qui t’a motivée à t’engager dans la lutte contre la maltraitance animale ?
Ma principale motivation est ma passion pour les animaux et mon envie de donner de mon temps et de mon énergie au service de la cause animale.
Enquêtes et terrain
Comment débute une enquête pour maltraitance animale ?
Une enquête débute par la création, par la SPA, d’une « fiche de signalement » qui permet d’identifier le signalant, le lieu concerné et le motif du signalement. Nous recontactons ensuite le signalant, qu’il s’agisse d’un voisin, d’un membre de la famille ou d’un simple promeneur, afin d’obtenir des informations complémentaires : lieu précis, type de maltraitance observée, espèce et race de l’animal, photos éventuelles, ainsi que les interlocuteurs susceptibles de nous aider (mairie, autres associations, bailleurs sociaux, etc.).
En cas de suspicion de maltraitance, nous nous déplaçons sur place afin de constater visuellement la situation. Les déplacements se font toujours à deux, par secteur, pour des raisons de sécurité. Cela peut être avec un autre bénévole de la SPA, une association partenaire ayant reçu des signalements similaires, l’adjoint au maire, le bailleur social lorsque la personne signalée est locataire, ou encore les forces de l’ordre.
Sur place, nous privilégions le dialogue avec la personne signalée afin de lui expliquer les améliorations à apporter pour le bien-être de l’animal. Une nouvelle visite est effectuée quelques semaines plus tard. Si aucune amélioration n’est constatée, nous entamons alors une procédure de retrait. Celle-ci nécessite la signature d’un bon de cession par le propriétaire, car nous ne pouvons pas retirer un animal sans accord.
Nous intervenons directement avec les forces de l’ordre lorsque nous savons que la personne signalée risque de refuser l’accès à l’animal ou lorsque la situation s’annonce conflictuelle. Leur présence facilite l’accès à l’animal et permet également d’apaiser les tensions.
Quels types de situations rencontres-tu le plus souvent ?
Les situations de maltraitance animale les plus fréquemment rencontrées sont :
De nombreux signalements concernent également des conflits de voisinage ou des situations où la maltraitance n’est pas avérée, cette notion pouvant varier selon les personnes (par exemple, un chien vivant en chenil).
Quels animaux sont les plus souvent concernés ?
Les animaux les plus concernés par les signalements à la SPA sont principalement les chiens et les chats. Nous recevons également des appels concernant les NAC, ainsi que les animaux de ferme et les animaux de rente. Dans ces cas-là, la SPA transmet les signalements au maire de la commune concernée, à des associations spécialisées dans leur prise en charge, et, pour les animaux de rente, à la DDPP.
Cadre légal et collaboration
Quel est le cadre légal qui encadre tes actions ?
Le cadre légal de nos actions repose principalement sur le Code rural et de la pêche maritime, qui constitue le texte de référence en matière de protection animale. Nous ne pouvons en aucun cas nous substituer aux forces de l’ordre, notamment lorsqu’il s’agit de l’accès à une propriété privée. L’entrée sur un terrain ou dans un domicile n’est possible qu’avec l’autorisation expresse de la personne concernée.
Travailles-tu en lien avec la police, la gendarmerie ou la justice ?
Oui, nous travaillons en étroite collaboration avec les forces de l’ordre et la justice. En cas de maltraitance avérée, l’animal peut être retiré, puis la SPA procède au dépôt de plainte et à la transmission du dossier au Parquet. C’est notamment ce qui s’est produit dans l’affaire de Chanel, notre Bully. Nous sommes régulièrement accompagnés et soutenus par le commissariat de Saint-Malo dans ces démarches.
Quelles sont les principales difficultés juridiques que tu rencontres ?
La principale difficulté réside dans le risque de « vice de procédure ». Cela signifie que, malgré le travail effectué, la procédure peut ne pas aboutir jusqu’au Parquet et que la personne mise en cause ne soit finalement pas condamnée. C’est pourquoi la collaboration avec les forces de l’ordre est essentielle : elle nous permet de sécuriser nos interventions et de bien connaître ce que nous sommes autorisés, ou non, à faire en tant qu’association.
Aspects humains et émotionnels
Quelles sont les compétences nécessaires pour être délégué enquêteur ?
Un délégué enquêteur doit faire preuve de patience, de courtoisie et de fermeté. Il est essentiel de garder son sang-froid, d’avoir du caractère et de rester factuel en toutes circonstances. La capacité de négociation est également primordiale, certaines discussions pouvant durer plus d’une heure. Il faut savoir répondre avec assurance, tout en veillant à ne pas se laisser envahir par ses émotions.
As-tu déjà été confrontée à des réactions hostiles ou violentes ?
À ce jour, je n’ai pas été confrontée à des situations violentes. En revanche, les réactions hostiles sont relativement fréquentes : ton qui monte, accueil difficile, désaccords marqués. Certaines personnes peuvent également tenter de nous manipuler ou de nous discréditer.
Prévention et sensibilisation
Comment le grand public peut-il reconnaître une situation de maltraitance animale ?
Certaines formes de maltraitance sont relativement faciles à identifier, notamment celles qui portent atteinte à l’intégrité physique de l’animal : manque de nourriture, perte importante de poils, présence de nombreuses puces ou tiques, amaigrissement marqué, ou encore violences physiques telles que coups, usage de colliers étrangleurs ou actes de cruauté avérés, comme des brûlures volontaires.
D’autres formes sont en revanche plus difficiles à repérer, notamment les violences psychologiques. Elles peuvent se traduire par un isolement prolongé de l’animal, un manque total d’interactions avec ses congénères ou avec les humains, ou encore une absence de stimulation affective et sociale.
Que doit faire un citoyen témoin d’un cas suspect ?
Toute personne témoin d’une situation suspecte doit effectuer un signalement auprès d’organismes compétents tels que la SPA, les mairies, les forces de l’ordre ou les bailleurs sociaux. En cas de doute, il ne faut pas hésiter à signaler la situation : mieux vaut un signalement de trop qu’un cas de maltraitance ignoré.
Message
Quel message aimerais-tu faire passer à toutes les personnes, propriétaires ou non d’un animal ?
Avant d’adopter un animal, il est essentiel de bien mesurer l’engagement que cela représente. Il faut se demander si l’on dispose du temps nécessaire pour s’en occuper, le sortir, l’éduquer et répondre à l’ensemble de ses besoins, mais aussi si l’on a les moyens financiers pour assurer son alimentation et ses soins vétérinaires. Des manquements à ces obligations peuvent, dans certains cas, conduire à un signalement pour maltraitance.
Il est également primordial de choisir une race de chien adaptée à son mode de vie, afin de garantir le bien-être de l’animal sur le long terme.