
Bonjour Philippe, comment es-tu arrivé à la SPA de Saint-Malo ?
Je suis arrivé à la SPA en tant que professionnel du chien. L’ancienne Présidente m’avait sollicité afin de former le personnel à l’éducation et au comportement canin. De 2007 à 2011, j’ai donc assuré la formation des salariés de la SPA.
En 2016, j’ai été de nouveau sollicité pour élargir cette formation aux bénévoles, sous la forme d’une formation de base et ceci à titre gratuit. À cette période, plusieurs membres du Conseil d’Administration (CA) avaient quitté leurs fonctions. La Présidente m’a alors proposé de rejoindre le CA, ce que j’ai accepté.
En 2020, pendant le confinement, avec deux autres membres du CA, Christophe et Mathieu, nous avons assuré les sorties des chiens, puisqu’il n’y avait plus de bénévoles et que seuls les animaliers salariés étaient présents au refuge.
La Présidente a progressivement pris du recul, notamment parce qu’elle était fatiguée et venait de moins en moins au refuge. Un soir, au téléphone, elle m’a demandé si je connaissais quelqu’un qui pourrait prendre sa succession. Je lui ai répondu que, si elle le souhaitait, je pouvais prendre sa place.
C’est ainsi que je suis devenu Président de la SPA en juin 2020. Elle est ensuite restée Vice-Présidente pendant un an afin d’assurer la transition et la passation.
Quelle est ta mission et quel est ton rôle au sein de la SPA en tant que Président ?
Mon rôle principal est de faire le lien entre les différents acteurs de la SPA : les salariés, les bénévoles, les membres du Conseil d’Administration, mais aussi les différents interlocuteurs et partenaires extérieurs.
En tant que Président, je suis responsable du bon fonctionnement général de l’association. Je dois notamment rendre des comptes sur les aspects administratifs et financiers, en collaboration avec le trésorier. Je garde également un regard sur les différents secteurs de l’association : les soins vétérinaires, les bénévoles, le secrétariat, etc.
Je suis aussi juridiquement responsable en cas de plainte ou d’accident. C’est pour cette raison que l’association dispose de différentes assurances, ainsi que d’une assurance spécifique pour les dirigeants. Bien évidemment, ces assurances ne couvrent pas les fautes de gestion, comme un éventuel détournement d’argent.
Une autre de mes missions essentielles est de respecter et de faire respecter les statuts de l’association. Il faut également veiller au bien-être animal et appliquer la vision générale de la protection animale défendue par l’association. Par exemple, nous avons fait le choix de ne pas pratiquer l’euthanasie de convenance prolongeant ainsi la volonté de l’ancienne Présidente.
Ces décisions ne reposent jamais uniquement sur moi. Elles sont prises collectivement avec les membres du Conseil d’Administration, qui compte actuellement douze personnes. Je ne prends jamais une décision seul : je consulte les animalières, la vétérinaire ou les autres membres du CA en fonction des situations.
Concernant les soins vétérinaires, je ne souhaite pas qu’une euthanasie ou qu’une intervention chirurgicale exceptionnelle soit réalisée sans que nous en ayons discuté. Nous ne pratiquons jamais d’euthanasie de confort. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’a incité à m’investir dans cette SPA. Je discute avec la vétérinaire afin que nous trouvions ensemble la solution la plus adaptée à chaque situation.
J’ai également un rôle d’arbitrage concernant les chiens que nous pouvons accueillir. Il faut notamment réfléchir au nombre de malinois, de molosses ou de très grands chiens que nous pouvons prendre en charge. Certaines races ou certains profils sont plus difficiles à placer et peuvent rester très longtemps au refuge, voire y passer toute leur vie. Cela mobilise alors des box qui pourraient accueillir d’autres animaux.
Pour moi, un refuge ne devrait être qu’un lieu de passage dans la vie d’un animal.
Je dois également évaluer la dangerosité de certains animaux. Lorsqu’un chien ne peut pas être approché sans présenter un risque de morsure, je ne peux pas mettre en danger les salariés ou les bénévoles.
C’est certainement l’un des aspects les plus difficiles de mon rôle : il faut rester conscient que nous ne pouvons malheureusement pas accueillir tous les chiens.
À quoi ressemble une semaine type pour toi ?
Des mails, des mails, des mails… et beaucoup de coups de téléphone !
Je reçois des nouvelles concernant les chiens, des demandes d’abandon, et je m’occupe également de la gestion de certaines commandes importantes, comme l’achat ou l’installation d’un chenil.
On peut également m’interpeler lorsqu’un chien ou un chat se retrouve dans une situation particulière et doit être pris en charge par la SPA. Cela peut être le cas, par exemple, lorsqu’un propriétaire décède et que son animal se retrouve sans solution, notamment lorsqu’il présente des difficultés importantes de comportement.
Dans ce type de situation, j’échange avec les salariés, l’équipe de médiation et avec Christophe, qui est le référent bénévole, afin d’avoir leur avis. En cas de désaccord ou de divergence entre nous (ce qui est très rare), c’est finalement moi qui dois prendre la décision.
Que se passe-t-il lorsqu’il manque du personnel salarié, notamment des animaliers ?
Eh bien… on est mal ! Les animalières sont les piliers du refuge.
Nous devons faire avec les effectifs dont nous disposons et nous n’avons pas de « réserve de personnel ».
Nous ne pouvons pas simplement faire appel aux bénévoles pour remplacer les salariés, notamment pour des tâches comme le nettoyage des box, car cela pourrait être considéré comme du travail dissimulé et poser des problèmes sur le plan légal.
En revanche, nous travaillons beaucoup avec la MFR afin d’accueillir des alternants et des stagiaires qui suivent une formation dans le domaine animalier. La gestion des conventions de stage fait également partie de mes attributions.
De même, nous n’accueillons pas de jeunes de troisième pour des stages d’observation. Nous sommes dans un refuge où nous travaillons avec des animaux vivants, parfois imprévisibles, et cela peut présenter des risques pour des jeunes qui ne sont pas formés.
Quels sont tes objectifs prioritaires pour le refuge dans les prochaines années ?
La priorité est de pérenniser l’association et de continuer à faire fonctionner le refuge sur le plan financier, tout en maintenant un équilibre budgétaire.
Il faut savoir que nous fonctionnons principalement grâce aux dons et aux legs. Ces derniers sont indispensables à la survie du refuge. Sans les legs, à terme, nous ne pourrions tout simplement plus fonctionner.
Malheureusement, communiquer pour sensibiliser les personnes aux legs reste un sujet délicat. Nous essayons de faire connaître cette possibilité, mais ce n’est pas toujours évident.
J’aimerais également pouvoir disposer d’un éducateur compétent en comportement canin et félin afin de réhabiliter certains animaux et de faciliter leur placement. Mais il faut être réaliste : trouver la personne idéale est difficile, et je ne suis pas certain qu’un éducateur soit forcément intéressé par ce type de poste.
À plus court terme, notre objectif est donc surtout de continuer à prendre soin des animaux avec les moyens dont nous disposons.
Je pense également à la succession. D’ici quelques années, j’aimerais pouvoir laisser ma place de Président afin de me consacrer davantage aux animaux, notamment aux chats. Il y a énormément de choses à faire dans ce domaine.
Et puis, si l’on prend beaucoup, beaucoup de recul, l’objectif ultime d’un refuge serait… de fermer !
Cela voudrait dire qu’il n’y aurait plus d’animaux abandonnés ou errants à prendre en charge.
Quels sont les aspects les plus difficiles ou les plus frustrants de ta fonction ?
Le plus frustrant pour moi est de ne pas avoir suffisamment de temps pour m’occuper directement des animaux.
Le plus difficile, en revanche, reste la gestion humaine : les ambitions des uns et des autres, les tensions, les désaccords…
Pour moi, c’est parfois compliqué. Cela demande beaucoup d’énergie pour des résultats qui ne sont pas toujours à la hauteur de ce que l’on espérait.
On oublie parfois que nous sommes dans le monde associatif. Il faut savoir relativiser. Nous ne sommes ni dans un cadre familial, ni dans un environnement professionnel classique. Il faut savoir prendre du recul, rester calme et se dire : « Cool, relax… »
Mais c’est parfois difficile à faire comprendre !
Un dernier mot ?
Oui. Je le répète, mais mon objectif principal est de pérenniser l’association et de faire en sorte que le refuge puisse continuer à fonctionner correctement.
Malheureusement, il y aura toujours des animaux abandonnés ou trouvés errants. Notre rôle est donc de faire en sorte que, tant qu’ils auront besoin de nous, nous puissions continuer à les accueillir et à nous en occuper dans les meilleures conditions possibles.